
Thésée de Lully : un « Actor's
studio » de 1675Retour sur la
dernière Académie Baroque Européenne d'Ambronay, dirigée par William Christie
(assisté de Emmanuelle Haïm) qui une fois de plus a associé, aux côtés des Arts
Florissants, quatre établissements supérieurs européens : les conservatoires de
La Haye, Lyon, Paris et la Guildhall de Londres. Un projet pédagogique sans
frontières et la résurrection d'une
tragédie lyrique de Lully, disparue des scènes lyriques depuis 1779, le temps
de huit représentations (du 16 au 26 octobre 1998)
P.S. « Chemin parcouru », le documentaire en deux parties réalisé par Thierry-Paul Benizeau et Idéale Audience, en collaboration avec Les Arts Florissants et France Telecom, sera diffusé le samedi 20 février 1999 sur la chaîne Mezzo, et le samedi 3 avril sur FR3
William Christie : les leçons du Grand Siècle
On peut
s'interroger sur les deux siècles de purgatoire d'une oeuvre comme Thésée, qui
fut en son temps un énorme succès...
En anglais, on dirait que c'est la faute à « the fickle fingers of fashion », aux caprices du goût, qui à
Paris démodaient toute nouvelle musique en trois jours. Paradoxalement, l'oeuvre
de Lully est l'une des rares à avoir résisté à ce phénomène, et Thésée fut continuellement repris
pendant un siècle.
Pourquoi ce
choix pour un nouveau projet pédagogique ?
C'est une oeuvre extrêmement équilibrée, au livret
intéressant, qui met en lumière le rôle essentiel de la langue et de la
déclamation.
Justement,
vous avez déclaré que vous vouliez transformer chaque chanteur en orateur
musical...
Tous les interprètes prennent actuellement
conscience des priorités qu'implique la tragédie lyrique : un comportement
d'acteur, une bonne diction, l'importance de la langue et de la déclamation.
Bref, de quoi bouleverser la vie tranquille d'un chanteur de conservatoire...
Quelles sont
les principales difficultés de cet ouvrage ?
Il exige des artistes intelligents et cultivés,
capables de lui redonner vie en retrouvant le savoir-faire de l'époque, tant en
matière d'ornementations que de notes inégales, de tempi que de sonorités.
Constatez-vous
en Europe un intérêt renouvelé pour la musique française baroque ?
Quitte à vous choquer, je soutiens qu'il y a
davantage d'oeuvres françaises données dans le département de musique ancienne
du Conservatoire de La Haye qu'en France ! Il y a une véritable fascination aux
Pays-Bas pour ce répertoire, même pour des petits maîtres.
Il y a quatre
ans, vous montiez David et Jonathas avec les mêmes institutions partenaires,
dont vous souligniez à l'époque les spécificités : plus d'instrumentistes au
Conservatoire de La Haye, plus de chanteurs à la Guildhall, etc. Qu'en est-il
aujourd'hui de cette diversité ?
La grande nouveauté, c'est la forte présence dans
l'orchestre d'instrumentistes de qualité issus des deux conservatoires
supérieurs français, de Lyon comme de Paris. Il en est de même pour les
chanteurs, où les Anglais se voient aujourd'hui concurrencer par nos
compatriotes.
En terme de
carrière, quels sont les enjeux d'un tel répertoire pour des chanteurs ?
Les grandes carrières sont le fait d'artistes qui se
montrent les meilleurs dans un répertoire qu'ils choisissent d'aimer et de
défendre. Il ne sert à rien d'avoir une voix sublime si on ne sait pas quoi en
faire. Les exemples de carrière dans ce répertoire abondent ; prenez le cas de
Patricia Petibon, qui depuis sa prestation dans David et Jonathas a acquis une solide réputation internationale
dans les pièces anciennes les plus exigeantes.
Emmanuelle Haïm : liberté contrôléeEst-ce qu'une
telle oeuvre nécessite une approche particulière ?
Certainement, mais ce langage ne doit pas poser
problème à des chanteurs qui sont déjà dans l'âme des acteurs, des tragédiens,
puisque Thésée c'est en quelque sorte
du Racine légèrement chanté. D'ailleurs tous les interprètes s'y sont adaptés
avec une très grande facilité. En fonction de l'instrumentarium et des voix
solistes, on a renoncé à utiliser le diapason français baroque (la3 =
392 Hz). La gageure, c'était d'arriver à rassembler ces participants de 23 pays
autour du langage classique français, notamment dans l'improvisation collective
du continuo.
Y a-t-il une
répartition des tâches entre les différentes écoles partenaires ?
Oui, naturellement du fait de la spécificité de
chaque enseignement, mais avec moins de netteté qu'auparavant : il y a un
département de musique ancienne très important à La Haye, un secteur vocal très
développé à la Guildhall de Londres, mais le chant est également bien
représenté à Paris, où de plus une attention certaine est portée à la basse
continue, et Lyon fournit aussi un contingent important de vents et de cordes.
D'autres
écoles sont également représentées dans cette académie...
Effectivement, le CNR de Caen avec deux chanteurs et
la Hochschule de Trossingen pour deux
autres interprètes, sans oublier des étudiants belges de la Guildhall.
Vous avez
suivi l'ensemble du projet, je crois ?
En fait, j'ai d'abord préparé, à partir d'octobre
1997, les chanteurs de ma classe aux auditions de recrutement, en leur faisant
travailler des pages contemporaines de Lully, de même style, de Lambert, Du
Mont, etc. Puis j'ai tenté de familiariser les
chanteurs et les continuistes retenus avec cette forme particulière de
liberté contrôlée si difficile à trouver.
Qui dit projet
pédagogique suggère des leçons à en tirer...
C'est un événement unique du fait de l'envergure de
l'ouvrage et du nombre de ses participants, et l'occasion rare de faire
découvrir, aux chanteurs notamment, la richesse expressive de ce répertoire, à
travers une oeuvre faisant appel à la palette complète des formes vocales, du
grand choeur au petit air de cour, avec une profusion de merveilleux ensembles
de solistes.
Paris-Köln : les eaux mêléesPremière expérience de partenariat européen autour de la composition entre la Hochschule für Musik de Cologne et le Conservatoire : quatre jeunes compositeurs (deux de chaque école) ont pu, grâce au soutien de l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse et de la SACEM-GEMA, écrire et parfaire une pièce pour douze instrumentistes (six de chaque école). Sous la direction artistique de Peter Eötvös, assisté de Jonathan Stockhammer. Un CD, reflet du projet, sera réalisé grâce à la Fondation Meyer
Werner Lohmann, directeur de la Hochschule für
Musik KölnCe projet constitue sans doute une première en Europe. L'idée était d'associer la composition et la diffusion par la mise en commun d'étudiants et de professeurs des deux pays. Cela fait partie de notre mission de formateurs de procurer à la nouvelle génération de compositeurs, toutes esthétiques confondues, le maximum d'occasions d'être jouée. Le résultat obtenu grâce à l'engagement sans failles des professeurs de composition nous donne furieusement envie de donner une suite à cette expérience.
York Höller, professeur de composition à la
Hochschule für Musik KölnJusqu'à un certain point, j'ai trouvé que les deux compositeurs allemands étaient plus français que leurs collègues, et inversement ! Chez les Allemands, cela se traduisait par une grande souplesse des accents, tandis que les Français manifestaient une rudesse que l'on a plus tendance à nous imputer. C'est dire qu'il me semble utopique d'essayer de distinguer les deux écoles. En fait, je retrouve des éléments communs également avec les jeunes compositeurs italiens et britanniques, mais complètement différents de ce qu'écrivent les Américains ou les Japonais ; j'en conclus que nous assistons à la formation d'un style européen. A partir du même instrumentarium, les quatre compositeurs ont proposé des combinaisons et des solutions personnelles, tout en évitant les « néo-machin-chose » et les clichés.
Alexander Moschinsky, compositeur (Hochschule
für Musik Köln)Il est toujours bénéfique de se mettre à l'épreuve, encore plus dans un contexte international de ce type et avec le soutien d'un ensemble de participants de cette qualité. Je me définirai plutôt comme un compositeur traditionnel -- même si plus jeune je me suis livré à diverses expérimentations -- car je crois que la pensée musicale importe davantage que les outils de la création. J'envisage la composition comme une activité complémentaire du métier de chef d'orchestre, gage de sauvegarde de ma liberté d'écrire.
Bruno Mantovani, compositeur (Conservatoire de
Paris)J'ai été frappé par les différences de culture et de
pédagogie entre les deux pays. Malgré cela, la fusion s'est opérée assez
rapidement entre les instrumentistes, au fil des partial dirigées par Jonathan
Stockhammer. Ce projet nous a laissé le temps d'expérimenter des voies
nouvelles et de modifier à loisir notre pièce. On a été mis en confiance par la
personnalité humaine de Peter Eötvös, qui arrivait à tout contrôler sans se
départir d'un calme olympien. Comme compositeur et chef d'orchestre, il est
particulièrement concerné par la formation des jeunes artistes. De plus, il a
l'avantage de poser un regard critique distancié sur notre microcosme parisien.
Cela nous force à réfléchir sur la place du Conservatoire et de notre musique
dans le contexte international.
Rainer Quade, compositeur (Hochschule für Musik
Köln)Il est rare pour un compositeur de pouvoir tester ce
qu'il est possible de demander à ses instrumentistes et de corriger sa copie à
l'écoute du résultat des séances successives de travail. C'est une source
incontestable de progrès. J'ai trouvé particulièrement suggestif le dispositif
instrumental proposé, avec ses douze solistes condensés des grands blocs de
l'orchestre. Je ne me sens pas très proche d'un style « allemand » de
composition. En Allemagne on s'attache essentiellement, dans l'enseignement, à
la structure et à l'écriture, tandis que vous vous préoccupez davantage de la
couleur instrumentale et du son. En Allemagne comme en France, le métier de
compositeur reste hypothétique ; il vous faut enseigner pour gagner votre vie
et pouvoir persister dans l'écriture.
Oscar Strasnoy, compositeur (Conservatoire de
Paris)J'ai accepté ce projet parce que l'instrumentarium proposé correspondait exactement à celui de l'opéra que j'écris fragment après fragment. C'est une grande chance de pouvoir travailler avec un maître de la qualité de Peter Eötvös, critique et généreux pour les autres, modeste envers lui-même. Il fait partie, avec Hans Zender, des rares compositeurs-chefs d'orchestre qui prennent le temps de s'investir dans la formation des étudiants. Les contacts bilatéraux ont sans doute été plus profitables aux instrumentistes, d'écoles d'évidence très différentes, qu'aux auteurs.
Peter Eötvös, directeur artistique du projetCe projet ne diffère pas dans sa nature du quotidien de mon enseignement à la Hochschule de Cologne. Evidemment, la comparaison entre des créateurs issus de cultures musicales différentes est inévitable. Par exemple, la pièce de Mantovani est, pour moi, typiquement française par son langage et la perfection de son écriture. Malgré des influences encore perceptibles, notamment celle de Kurtag, l'oeuvre de Strasnoy frappe par son originalité et sa drôlerie. Ces deux représentants de la classe de Guy Reibel donnent une bonne idée de son niveau. On remarque encore chez Moschinsky, qui est au tout début de ses études, le style de son professeur, York Höller. Le cas de Quade est exemplaire : il a parfaitement joué le jeu et a accepté de revoir sa partition pour aboutir à une oeuvre fine et lyrique.
Marathon Gershwin : le bilan de l'entraîneur,
Jay Gottlieb
Le
Conservatoire et la cité de la musique vibrent encore des cinq heures du
marathon Gershwin couru le 3 octobre dernier par les étudiants des classes de
piano, chant et jazz, coachés par un expert ès swing, Jay Gottlieb. Son mot de
la fin ? Un souhait : « Do it again ! »
Est-ce que les
étudiants du Conservatoire avaient conscience de la richesse du génie de Gershwin ?
Pas plus que bien des mélomanes ou des musicologues
actuels. Les auditeurs de ces cinq heures de marathon musical ont pu découvrir
l'immensité, l'imagination et la variété d'une musique qui a su réaliser la
fusion du savant et du populaire. Voilà la mission rêvée et réussie par
Gershwin depuis sa première tentative pour orchestre, Rhapsody in Blue, écrite en trois semaines à la demande de Paul
Whiteman. Malgré une crainte permanente de ne pas être à la hauteur, qui le
poussait à consulter les plus grands compositeurs et professeurs du moment, de
Ravel à Varèse, de Nadia Boulanger à Stravinsky.
Un tel projet
était-il compatible avec la grande hétérogénéité d' étudiants issus de
plusieurs départements ?
Justement, il y a eu un fantastique esprit de corps,
aussi bien de la part des chanteurs que des instrumentistes plutôt solistes
dans l'âme. Tous ces habitants de la planète classique, réunis sous la bannière
de Gershwin « the Entertainer »,
abordant avec tout leur sérieux cette musique de détente. Avec en plus pour les
chanteurs l'obligation de s'inventer un personnage et de le mettre en espace.
Ils ont ainsi appris à vaincre leurs inhibitions et à provoquer l'émotion. Ce
travail les a faits grandir comme artistes, ils en utiliseront les leçons
durant toute leur carrière. Les pianistes, pour leur part, ont montré des
capacités de concentration sans pareil pour arriver à emmagasiner les
partitions et les commentaires de la master-class.
Est-ce que les
jazzmen étaient davantage à l'aise dans un répertoire en apparence plus proche
d'eux que des classiques ?
Pas toujours, mais ils ont souvent proposé des
approches très originales, parfois contestées par le public de la master-class,
bien que parfaitement dans l'esprit d'un Gershwin fou de variations et
d'improvisations.
Est-ce que ce
marathon peut être le germe de futurs « musicals » ?
En tout cas, je suis persuadé que la plupart des
chanteurs en reprendront des airs dans leurs futurs récitals.
Renato Rivolta : défis à relever
Deuxième
concert, le 12 décembre dernier à la cité de la musique, du cycle
Bach-Nono-Schoenberg, avec des oeuvres hautement symboliques, présentées et
dirigées par Renato Rivolta, à la tête de l'Orchestre du Conservatoire
Quels critères
ont présidé au choix des oeuvres de ce concert ?
Pour cet hommage à Nono, nous avons choisi deux
parmi ses pièces les plus représentatives, en fonction des effectifs de
musiciens et de la complexité des partitions. Les Variations canoniques sur un thème de Schoenberg, écrites en 1950
et créées à Darmstadt par Hermann Scherchen, n'ont pas été redonnées avant
1987, parce que la partition avait disparu. A
Carlo Scarpa , Architetto est, quant à elle, une pièce de la dernière
période du compositeur, plutôt utopique, sollicitant jusqu'au seizième de ton :
c'est un défi passionnant à relever pour les étudiants. Odhecaton est un arrangement par Maderna du premier recueil de
polyphonies italiennes du XVe siècle, appartenant à la Bibliothèque
Saint-Marc de Venise, que fréquentaient Nono et Maderna, étudiants tous deux de
Malipiero. Quant à l'opus 16 de Schoenberg, c'est une pièce idéale pour faire
travailler un orchestre d'étudiants en termes de discipline d'ensemble et de
maîtrise des nuances.
A propos
d'utopie, est-ce que le métier de musicien et l'orchestre contemporain risquent
d'en devenir une ?
La Kammersymphonie de Schoenberg est en quelque sorte l'acte de naissance de l'ensemble instrumental du XXe siècle, composé de solistes experts de ce répertoire, du type de l'Ensemble Intercontemporain. De leur côté, Nono, Maderna et quelques autres ont tenté, en successeurs de Berlioz et Debussy, d'exploiter et d'enrichir la palette de l'orchestre symphonique vers plus de sophistication. Le problème de l'orchestre symphonique est d'abord économique : comment préserver cet outil du répertoire musical universel et la sécurité de ses membres, malgré son coût pour la collectivité ? La réponse actuelle est mélangée : le répertoire actuel se partage entre l'orchestre traditionnel -- notamment aux Etats-Unis -- et la diversité des dispositifs instrumentaux européens, d'où une demande prévisible d'orchestres à grande mobilité. C'est un phénomène inéluctable.

Shlomo Mintz et l'Orchestre franco-israélien
(Académie Rubin de Jérusalem et Conservatoire de Paris) en concert
à la cité de la musique le 22 octobre 1998.
"Malgré les
disparités de niveau et d'école, c'est un challenge que je voulais relever
et qui est, je crois, réussi, en tout cas on s'est beaucoup amusé: Il fallait
en peu de temps former un orchestre avec ces différentes individualités, dans
une formation et un programme souhaités par le Conservatoire. Je tiens
énormément à m'impliquer dans la pédagogie, car il me semble important de
transmettre à de nouvelles générations le message que nous ont légué les
Casals, Schneder, Stern, etc."
Gérard Grisey : hommages
Marc-Olivier
Dupin
Ce 11 novembre, Gérard Grisey est mort subitement.
Compositeur essentiel de la création contemporaine
de ces dernières décennies, il aura été pour le Conservatoire un professeur
extraordinaire : compétent, imaginatif, ouvert et toujours proche de ses
étudiants.
Sa disparition constitue une immense perte pour
nous.
Un concert sera prochainement organisé à sa mémoire
avec l'Ensemble Intercontemporain, la cité de la musique et le Conservatoire.
Une
pédagogie de la composition et de la vie
Gérard
Grisey, professeur de composition au Conservatoire national
supérieur de musique et de danse de Paris, nous a
quittés subitement le 11 novembre 1998,
à l'âge de 52 ans. Outre un très grand compositeur
qui avait ouvert des
perspectives musicales nouvelles grâce à des oeuvres
fortes et sensibles
telles que Partiels
(1975), Modulations (1976/1977), ou Vortex Temporum
(1994-95), le monde de la musique perd également un
très grand pédagogue.
Prolongeant
l'héritage pédagogique de son professeur Olivier Messiaen, Gérard Grisey
s'était donné pour objectif d'ouvrir des fenêtres
nouvelles à ses élèves en
composition, de les aider à devenir eux-mêmes, et
non de former des
épigones. Au sein de sa classe, il nous poussait à
être plus dissident et à
contester ses propos. Il avait écrit : « C'est comme
la vie : la composition
ne s'enseigne pas, mais elle s'apprend ». En plus de
conseils techniques
pointus, son enseignement avait pour but de révéler
à chacun, à travers nos
propres compositions, les traits encore succincts
que nous avions à
développer pour acquérir une véritable personnalité
musicale.
La classe de composition était divisée en deux
parties : une demi-journée
était consacrée aux cours individuels d'une
demi-heure à une heure par
étudiant. Le jour suivant, un cours collectif
réunissait l'ensemble des
étudiants et auditeurs.
Gérard Grisey insistait toujours pour que le cours
individuel se déroule sans
public, dans un face-à-face bienveillant et intime
avec l'élève. Cet
entretien était destiné à regarder ensemble les
compositions que nous étions
en train d'écrire. Les remarques de Gérard Grisey
étaient pertinentes et
originales. Elles portaient sur l'écriture,
l'instrumentation, la gestion de
la forme musicale, l'invention rythmique, ou
l'utilisation de processus ou
de techniques plus intuitives, mais il profitait
aussi de ce face-à-face
pour mieux connaître et orienter la personnalité
musicale de l'étudiant,
avec respect, quels que soient son style et ses
intérêts, sans hiérarchie autre
que celle que peut avoir implicitement un aîné
expérimenté envers un cadet
en train de se construire.
Le jour
suivant, nous nous réunissions toute la journée pour un cours
collectif souvent plein de surprises. Le cours
pouvait consister à
orchestrer une étude pour piano de Ligeti, à
analyser en détail la Missa
Solemnis de Beethoven ou Arcana de Varèse, à mettre en parallèle
les
techniques de variation dans Mantra de Stockhausen et celles des Variations
Diabelli de Beethoven, à réfléchir
sur l'organisation temporelle étirée et
imprévisible des matériaux sonores dans la musique
de Morton Feldman et à
les comparer avec la perception contractée du temps
dans un quatuor de
B.Ferneyhough, ou avec les motifs faussement
symétriques des tissus des
populations Kuba de l'ex-Zaïre.
Après ces
ateliers techniques qui prenaient la matinée, nous déjeunions
tous ensemble. Ce repas était également source
d'apprentissage : Gérard Grisey
nous faisait partager sa connaissance des
mythologies nordiques, sa
réflexion sur le temps à travers son expérience
personnelle ou ses lectures
de Prigogine. Pendant ces repas, nous parlions des
coutumes de nos pays
respectifs (les étudiants et auditeurs étaient issus
de tous les continents,
preuve de sa notoriété internationale). A de rares
moments, Gérard Grisey nous
faisait part de son inquiétude quant à la place des
artistes dans une
société de plus en plus utilitariste et orientée
vers le marketing.
L'après-midi
réservait souvent quelques surprises. Des visiteurs venaient
montrer leur musique à Gérard Grisey devant la
classe. Sa grande culture et ses
nombreux voyages l'amenaient à nous faire découvrir
des compositeurs
étrangers intéressants et totalement inconnus en
France. Il nous présentait
aussi régulièrement les oeuvres de compositeurs qu'il
considérait comme
incontournables pour faire avancer notre réflexion,
et que nous risquions de
ne pas connaître suffisamment : S. Sciarrino, L.
Nono, C. Nancarrow, L.
Janacek, S. Reich, C. Vivier, G. Scelsi, H.
Lachenmann, etc.
Ouvrir des
fenêtres... Gérard Grisey était
certainement le contraire du
professeur dogmatique qui impose à l'étudiant son
esthétique par absence de
réelle culture et d'esprit de tolérance. Certes, sa
forte personnalité
musicale ne nous laissait pas indifférents.
Cependant son influence, loin
d'être stylistique, était surtout éthique: comme
lui, il nous fallait
travailler, être intègre, suivre notre propre chemin
en dehors des modes et
des contraintes extérieures, apprendre à devenir
plus tolérant envers ceux
qui ne partagent pas une esthétique similaire tout
en nous battant pour nos
convictions, vivre de la différence des autres et
non de leur ressemblance.
Effectivement, la composition, c¹est comme la vie,
ça ne s'enseigne pas,
mais ça s'apprend.
Un interprète témoigneLa disparition de Gérard Grisey m'a beaucoup touché.
Ayant eu la chance de travailler avec lui son Prologue pour alto, nous nous sommes souvent rencontrés,
d'abord devant cette partition monumentale et ensuite à l'occasion des
exécutions publiques. Je ressentais très souvent de sa part une quête de
quelque chose d'autre, une grande humilité, un regard dubitatif sur son oeuvre ;
il me dit après l'une des exécutions qu'il souhaitait remodeler cette pièce.
Voici quelques années, je me trouvais à Jérusalem,
dans une vieille maison du centre ville, travaillant sa pièce pour la donner à
la radio le lendemain. Pendant un silence, j'eus la surprise d'entendre un
oiseau siffler sur le balcon exactement les cinq premières notes de Prologue, lent arpège en croches inégales,
descendant, remontant, puis descendant à nouveau, que je venais de jouer
quelques instants plus tôt. Cette histoire a laissé Gérard rêveur un long
moment.
Travailler et jouer sa musique m'impressionne
toujours. Depuis les sonorités les plus fragiles jusqu'à l'acharnement le plus
violent, on parvient vraiment à faire corps avec son monde intérieur, envoûtant
sans jamais tomber dans la facilité.
Pierre-Henri Xuéreb
Adieux à « JF »
Disparition le 6 octobre dernier du contrebassiste
Jean-François Jenny-Clark à l'âge de 54 ans. Au terme d'une carrière idéalement
partagée entre l'improvisation et la musique contemporaine. Son esprit
d'aventure lui a fait multiplier les collaborations dans ces deux domaines :
d'un côté avec Berio, Stockhausen, Globokar, Cage, Kagel, Boulez, de l'autre
avec Keith Jarrett, Don Cherry, Gato Barbieri, Anthony Braxton, Chet Baker,
Michel Portal, Martial Solal, Michel Petrucciani, etc. Sans oublier ses deux
compagnons de prédilection depuis 1985, Joachim Kühn et Daniel Humair, avec qui
il venait d'enregistrer un ultime album. Jean-François Jenny-Clark enseignait
au Conservatoire depuis octobre 1994.
Trois étudiants du département jazz ont tenu à lui
rendre un dernier hommage.
Thomas GrimmonprezC'est la simplicité, la générosité et surtout la
très grande classe de l'homme et du musicien, qui m'ont marqué chez
Jean-François Jenny-Clark.
A chaque instant, il était là pour jouer avec nous
(et quel plaisir !).
Toujours, il était là pour donner, pour nous épauler
comme un grand frère.
Sans cesse, il essayait de nous expliquer (par le
récit de son expérience) les éléments musicaux ou extra-musicaux qui peuvent
donner une identité à notre discours musical.
Jamais il ne tombait dans la facilité mais au
contraire, aussi impressionnante que pouvait être sa discographie, il ne
cessait de se remettre en question.
J'ai eu la chance de le connaître et je pense qu'il restera pour moi un exemple.
Franck Avitabile« JF » est quelqu'un qui aura
fondamentalement bouleversé ma vie musicale de par sa façon de parler de la
musique, de la vivre, de la jouer, de la penser... Il ne rechignait jamais à
prendre sa contrebasse en cours, et qui plus est avec la même concentration que
s'il jouait en concert avec des « grands » musiciens. C'est une des
plus grandes leçons d'humilité qu'il m'ait été donné de rencontrer.
J'ai finalement compris des choses que j'aurais mis
des années à assimiler sans lui.
C'est sans doute la définition d'un grand maître.
Stéphane KereckiDans une vie de musicien, il y a des rencontres qui
marquent plus que d'autres. Une de celles qui ont compté le plus pour moi a été
la rencontre avec Jean-François Jenny-Clark. Je n'ai connu J.F. que la dernière
année de sa vie, ce qui ne représente pas beaucoup de temps au regard de ceux
qui pourraient, bien plus que moi, lui rendre un tel hommage. Malgré cela, il a
profondément changé ma vision des choses, mon regard sur la musique et sur mon
avenir.
Nous avions d'abord une passion commune pour le
contrebassiste Scott La Faro. Pendant cette année nous avons beaucoup travaillé
ensemble dans cette direction. Grâce à ses conseils et à sa connaissance
parfaite du sujet, j'ai pu comprendre et travailler des solos de ce bassiste
qu'il avait lui même étudiés auparavant. Paradoxalement, il m'a aidé à m'en défaire,
car il m'a appris aussi que s'identifier à un autre musicien n'est pas bon à
long terme.
En dehors des heures de cours, il venait nous parler
(il le faisait avec beaucoup d'élèves). Il nous donnait des conseils sur la
marche à suivre dans le futur, les pièges à éviter, dans quelle direction
aller. Il nous encourageait à trouver notre voie et à la suivre quoi qu'il
arrive. Il nous poussait à y croire. Sans doute était-ce à cause de sa maladie,
mais souvent pendant le cours, j'avais l'impression que c'était le dernier
qu'il nous donnait.
J.F m'a beaucoup donné et il a laissé un héritage
précieux à de nombreux étudiants. A ma connaissance, il y a très peu de jeunes
bassistes de Jazz qui ne soient pas passés chez lui, dans son fief de la rue
Hélène. Aujourd'hui nous sommes tous un peu orphelins.
Disparition de deux assistantsIl nous faut également déplorer la disparition de
deux assistants.
Danièle Salzer, disparue le 2 décembre dernier, à
l'issue d'une double carrière brillante dans le milieu baroque et
l'enseignement. Claveciniste, elle a fait partie de nombreux ensembles,
notamment l'Ensemble Polyphonique de l'ORTF dirigé par Charles Ravier, et a
été, auprès de Jean-Claude Malgoire, l'une des fondatrices de la Grande Ecurie
et la Chambre du Roy. Lauréate de nombreux prix (piano, musique de chambre,
harmonie, accompagnement) au Conservatoire de Paris, elle y fut, pendant près
de trente ans, accompagnatrice de nombreuses classes instrumentales et vocales,
avant d'être l'assistante-accompagnatrice des classes de chant de Andrea Guiot
puis Michèle Le Bris. Elle laisse à tous ceux qui l'ont connue le souvenir
d'une artiste et d'une pédagogue incomparables, dont la générosité n'avait
d'égal que la modestie.
Nous avons appris également, par le Bulletin de l'Association des élèves et anciens élèves, la disparition de Pierre Cheval, alto solo de l'Orchestre de l'Opéra-Comique et assistant, 15 ans durant, de la classe d'alto de Colette Lequien.
Un nouveau professeur de flûte
C'est Sophie Cherrier qui a été choisie pour
succèder à Alain Marion, tragiquement disparu cet été. Un retour aux sources
pour ce Premier prix de flûte et de musique de chambre du Conservatoire,
soliste à l'Ensemble Intercontemporain depuis 1979 et pédagogue confirmée :
elle a notamment enseigné au CNR de Paris et dans le cadre du Centre Acanthes.
Son répertoire de soliste comprend de nombreuses créations, dont Mémoriale...Explosante-fixe de Pierre Boulez, Esprit rude, Esprit doux pour flûte et clarinette d'Elliott Carter, Chu Ky V pour flûte et bande de Ton-Thât Tiêt.
Traités d'agrément : les Exposés du lundiVous ne
connaissez pas Bartolomeo Bismantova ? Vous avez négligé de relire Maugars ?
Vos informations sur Loïs Bourgeois manquent de fraîcheur ? Vous êtes un
fanatique de Scarlatti ? Alors venez écouter le résultat des recherches des
élèves de la classe de Béatrice Berstel « Études des traités et
ornementation ». De janvier à mai, salle 365, au sein du département de
musique ancienne : du XVIe au XIXe siècle, tout ce que
vous avez toujours voulu savoir sans oser le demander !
4 janvier,
10h-12h30 : La
méthode de cor de Dauprat (Séverine Mallard).
18 janvier,
10h-12h30 : Deux
traités de piano-forte, Bach et Ricci, Pleyel et Dussek (Beata Suryani) ; 14h-15h : La méthode de clarinette de Lefebvre
(Raphaël Vuillard) ; 16h30-17h30 : Le
traité de basse continue de Saint-Lambert (Alexandre Salles).
1er février,
10h-12h30 : Les
traités de composition de 1720 à 1780 (Knut Jacques) ; 14h-15h : L'art de préluder de Hotteterre (Cécile Le Merrer) ; 16h30-17h30 : Le cor dans la Revue
Musicale de 1827 à 1835 (Cyrille Grenot).
1er mars,
10h-12h30 : Les
méthodes de chant en Italie de Caccini à Tosi (Sébastien Obrecht) ; 14h-15h : La méthode de Domnich (Lionel
Renoux) ; 16h30-17h30 : Réponse sur
le sentiment de la musique d'Italie de Maugars (Laure Vovard).
8 mars,
10-12h30 : Le
traitement instrumental dans les premiers opéras italiens (Héloïse Gaillard) ; 14h-15h : Le traité de composition de
Marc-Antoine Charpentier (François Guerrier) ; 16h30-17h30 : Charles Burney et le violon (Bérangère Maillard).
15 mars,
10h-12h30 : La
méthode de cor de Meifred (Pierre-Yves Madeuf).
22 mars,
10h-12h30 : Les
méthodes de chant en France, de Bacilly à Berard (Benoit Hartoin).
29 mars,
10h-12h30 : L'influence
des musiques populaires chez Scarlatti (Bruno Procopio) ; 14h-15h : Les méthodes de violon de Corrette (Karine Vatelet) ;16h30-17h30 : Le traité des agréments
de Tartini (Guillaume Humbrecht).
3 mai, 14h-15h
: L'alto
dans le traité de Quantz (Sabine Bouthinon) ; 16h30-17h30 : Le droict chemin de musique de Loïs Bourgeois
(Atsushi Sakaï).
10 mai,
10h-12h30 : Premières
méthodes de clarinette en France, Lefebvre, Leroy... (Philippe de Deyne) ; 14h-15h : La méthode de piano-forte de
Viguerie (Rémy Cardinale) ; 16h30-17h30
: Compendium musicale de Bartolomeo Bismantova (Emilia Gliozzi).
ErratumUne erreur s'est glissée dans la liste des nouveaux professeurs publiée dans le numéro de novembre du Journal. Il fallait lire : « Pascal Godart sera l'accompagnateur de la classe de fagott de Pascal Gallois » naturellement, au lieu de Patrick.
Jan Talich : tombé dans la muszik...Le 23 octobre
dernier au Conservatoire (et le 24 au Théâtre municipal de Moulins, dans le
cadre du Festival Classique Junior), le violoniste et chef d'orchestre tchèque
Jan Talich inaugurait le cycle Bach-Nono-Schoenberg. Rencontre avec le jeune et
célèbre descendant d'une illustre lignée : son grand oncle chef d'orchestre
s'appelait Vaclav et son père, altiste fondateur du quatuor éponyme, Jan :
toute une tradition
A-t-il été
aisé de trouver sa voie avec une parentèle aussi riche ?
Pas vraiment. J'ai grandi dans la musique, entre une
mère et une grand-mère violonistes et mon père l'altiste que l'on sait. Cela
dit, j'aurais pu choisir une autre voie, mais l'inconscient a été le plus fort.
Avez-vous
l'impression avec ce concert de faire de la pédagogie ?
Avec des instrumentistes de ce niveau, on peut aller
directement à la musique. Il leur faut juste
apprendre à s'écouter mutuellement. Je ne me considère pas comme un
professeur, mais comme quelqu'un qui fait réfléchir de jeunes musiciens sur
leur interprétation.
Est-ce que la
justesse est un impératif absolu pour un orchestre à cordes ?
Contrairement au quatuor où la justesse est vitale,
cela ne pose pas de problèmes de réunir des musiciens doués individuellement
d'une bonne intonation ; cela peut en poser aux premiers violons dans certains
passages délicats, s'ils ne s'entendent pas sur l'accord.
Pensez-vous,
comme votre compatriote Josef Suk et bien d'autres musiciens, qu'il est abusif
de parler encore de nos jours d'écoles nationales d'interprétation ?
Jusqu'à un certain point, oui, mais on arrive encore
à reconnaître des musiciens français, russes ou autres, à deviner leur
provenance malgré l'uniformisation causée par l'industrie du disque. Les
différences étaient plus audibles dans les générations précédentes. D'évidence,
par exemple, Josef Suk se place dans la grande tradition tchèque, héritée de
Kocian et de Kubelik.
Et vous-même ?
Comment définissez-vous les apports de vos différents professeurs ?
Le premier d'entre eux, Václav Snítil, un excellent
élève de Kocian, professeur à l'Académie de Prague, m'a montré le chemin vers
le métier de soliste et la virtuosité. Ensuite, Shmuel Ashkenasi a été une
source d'inspiration ineffaçable, où je puise encore dès que j 'aborde une
pièce travaillée avec lui. Enfin, j'ai approfondi la technique et la réflexion
personnelle sur l'interprétation en Angleterre auprès d'Yfrah Neaman. Ce
mélange d'enseignements m'a été tout à fait bénéfique.
Vous avez été
nommé il y a un an premier violon du Quatuor Talich. Est-ce un nouveau tournant
de votre carrière ?
Je suis content d'avoir pris cette décision, certes
en abandonnant certaines de mes activités de soliste ou d'orchestre, car il n'y
a rien de comparable au quatuor en matière de jeu et de répertoire. Motivation
supplémentaire : réussir à maintenir le renom de cette formation malgré le
double changement du celliste et du premier violon.
Yair Kless : le monde est un villageSoliste et pédagogue réputé, le violoniste israëlien Yair Kless dirige le département cordes de la Rubin Academy à l'Université de Tel-Aviv. Il a donné une master-class au Conservatoire du 30 novembre au 4 décembre 1998
Quelle
satisfaction peut retirer un professeur d'une master-class ?
Avec des étudiants de bon niveau, celle de pouvoir
donner un maximum de matière à réflexion sur les oeuvres présentées, leur
interprétation et tous les éléments qui la conditionnent : la sonorité, le
vibrato, etc. Car technique et musicalité ne font qu'un, et je ne les dissocie
jamais, même en une seule heure de master-class. Evidemment, avec un étudiant
confronté à des problèmes techniques, on ne peut qu'esquisser des solutions.
Décèle-t-on
instantanément au cours d'une master-class les talents hors-normes ?
Cette situation m'est déjà arrivée quelquefois, par
exemple lors d'un stage d'été avec Hillary Han, alors âgée de treize ans, ou
bien encore avec certains de mes élèves, un jeune Roumain de onze ans, et, il y
a quelques années, Yuval Yaron, Prix Sibelius 1975. Mon rôle de professeur,
c'est de trouver des solutions individuelles, car il n'y a pas deux musiciens
avec des qualités ou des défauts identiques. C'est cela qui est fascinant.
Pensez-vous
que les conservatoires supérieurs actuels sont armés pour accueillir ces
talents précoces ?
C'est un problème. Ils ont droit dès leurs débuts
aux meilleurs professeurs. Je milite pour la création de classes préparatoires
de très haut niveau, comme cela se fait déjà aux Etats-Unis.
Comment vous
situez-vous par rapport aux différentes écoles d'interprétation ?
Il ne reste plus aujourd'hui que deux écoles : la
bonne et la mauvaise ! On ne s'attache plus à une tradition nationale, mais à
l'enseignement d'un maître déterminé. Mon premier professeur, en Israël, était
un élève de Galamian, un grand pédagogue russo-américain. Ensuite j'ai suivi à
Bruxelles l'enseignement d'André Gertler, un belgo-magyar. Sans compter les
multiples contacts que j'ai eus avec des représentants de l'école russe. Le
monde est devenu un grand village.
N'existe-t-il
pas dans ce village une nouvelle
frontière entre généralistes et spécialistes, du baroque comme du contemporain
?Et de ce fait la nécessité de formations différentiées ?
D'une part, il est vrai que l'obligation de tout
jouer, musique du siècle comprise, a allongé d'autant le temps de la formation.
D'autre part, la renaissance de l'interprétation baroque suppose chez le
musicien une nouvelle approche du goût et de la sonorité. Mais cela ne se
traduit pas pour moi comme un changement, mais plutôt comme un prolongement des
qualités de tout bon violoniste. On ne peut être crédible dans ces répertoires
si l'on ne possède pas la connaissance globale de la littérature de son
instrument.
Violoniste
soliste, violoniste d'orchestre ? Est-ce le même métier ? Et les mêmes
compétences ?
Etant donnée la concurrence, il faut parfaitement
jouer pour prétendre entrer dans un orchestre, avec un solide répertoire de
soliste, donc je ne pose aucune limite, aucune destination à mes élèves. Je
tente simplement de les convaincre d'approfondir, au-delà des notes et de la
technique, leur connaissance du langage musical, et surtout d'être curieux de
l'ensemble des phénomènes physiques et psychiques qui conditionnent leur jeu.
De quels musiciens a-t-on besoin aujourd'hui ? De musiciens heureux de ce
qu'ils ont choisi de faire.
Acquisitions récentes de la Médiathèque
Rayon disquesDes quelque
250 acquisitions (tant au prêt qu'à la consultation) fraîchement parvenues à la
Médiathèque, nous avons sélectionné particulièrement les documents dont les
titres suivent ; ils ont été retenus soit pour leur valeur historique, soit
parce qu'ils sont unanimement salués comme des réussites incontestables ; enfin
figurent également les « coups de coeur » du bibliothécaire, précédés
d'un jovial J.
Classique / Contemporain
- Joseph Martin Kraus : Symphonies, par l'orchestre
de chambre suédois (Peter Sundkvist).
- Mozart : Intégrale des concertos pour pianoforte
(Jos Van Immerseel, orchestre Anima Aeterna ).
- Mozart : Sérénade n° 10 K. 361 ( Membres du
Marlboro Festival, Marcel Moyse).
- Beethoven : Intégrale des sonates pour piano
(Claudio Arrau).
J Beethoven : Sonates op. 106 et 109
(François-Frédéric Guy).
J Bach : Suites anglaises n°
1, 3 et 6 (Murray Perahia).
- Bach, Johan Ludwig : Motets (Rheinische Kantorei,
Hermann Max).
J Bartok : Œuvres pour piano.
2 CD (Zoltan Kocsis).
- Gerhard, Roberto : Copncerto pour violon,
Symphonie n°1 (Olivier Charlier, BBC Symphony Orchestra, Matthias Bamert).
- Delius : Les quatre Sonates pour violon et piano
(Tas Little, violon, Piers Lane, piano).
J Brahms : Concerto pour piano
n°1 (Hélène Grimaud, Staatskapelle Berlin, Kurt Sanderling).
- Gershwin : Rhapsody in Blue, Un Américain à Paris
(Buffalo Philharmonia, Michael Tilson Thomas).
- Jean Barraqué : Œuvres complètes (MFA).
- Xenakis : A Colone, Nuits, Serment, Knephas, Medea
(New London Chamber Choir, critical Band, James Wood).
J Scelsi : Triphon, Three
Latin Prayers, etc. (Ensemble 2E 2M, Luca Pfaff, David Simpson, cello).
- Bosseur, Jean-Yves : Messe pour 5 voix solistes,
choeur mixte et groupe instrumental (Choeur universitaire de Valence, Daniel
Pagliardini).
- Florentz, Jean-Louis : Les Jardins d'Amenta, Le
Songe de Lluc Aleavi, L'Ange du Tamaris (Orchestre national de Lyon).
- Verdi : Airs d'opéra (Roberto Alagna, Claudio
Abbado, Berlin Philharmoniker).
- Mozart : Airs de concert et d'opéra (Véronique
Gens, Orchestra of the Age of Enlightenment, Ivor Bolton).
Jazz
J Franck Avitabile Trio : in
Tradition.
J Laurent Bronner Quartet : Misterioso.
J Kenny Wheeler : Gnu High
(avec Keith Jarrett, Dave Holland et Jack DeJohnette).
- Denis Colin Trio : Fluide.
- Orchestre national de Jazz : ONJ Express (Didier
Levallet).
Musiques traditionnelles
- Chine : Fanbai, chant liturgique bouddhique,
hymnes aux trois joyaux.
- Chants et danses des îles Féroé, les îles de la
brume (Danemark).
J Cuba : Afro-cuban all stars,
A Toda Cuba le gusta.
J Inde (Bengale) : Purna Chandra, le ménestrel « Baul ».
J 7 des 13 volumes tirés des
documents de The Alan Lomax Collection : Southern Journey. Enregistrements des
années 50-60 sur la musique populaire américaine, effectués sur le terrain.
Et, pour terminer, un petit coup de projecteur sur
une commande auprès d'un importateur de petits labels d'Europe centrale
spécialisé dans les compositeurs anglais, autrichiens, hongrois, tchèques et
slovaques, rares et très peu distribués : Digital Concept.
- Dusik, Jan Ladislav : Œuvre pour harpe et piano.
- Dessoff, Félix Otto : Musique de chambre.
- Moeran, Bliss, Rawsthorne : Musique pour
orchestre.
- Musique anglaise pour cordes (Berkeley, Holst,
Tipett, Britten).
- Arthur Bliss : Concerto pour violon (Alfredo Campoli, Arthur Bliss).
Le mois prochain : les livres et partitions
« coups de coeur » récemment acquis
Le lent retour de Florent Schmitt (1870-1958)« Que c'est beau ! C'est un des plus grands chefs-d'oeuvre de la musique moderne. »
Stravinsky, à propos du
ballet La tragédie de Salomé, 1912
Peu de manifestations, d'articles, à l'occasion du
quarantième anniversaire de la mort de ce musicien qui occupe une place si
particulière dans la musique française (et dans la musique tout court). Aussi
est-il bon de rappeler que le chemin créateur de ce contemporain et ami de
Ravel a été exceptionnel : soixante ans de production musicale, 138 numéros
d'opus sont plusieurs chefs-d'oeuvre ; parmi ces derniers : le Quintette (le plus beau de l'École
française, à l'égal de celui de Franck, la Symphonie
concertante pour piano et orchestre (très bon CD V 4687) et le Psaume XLVII, la seule oeuvre monumentale
après Berlioz et en attendant Honegger et Messiaen. Alors, pourquoi cette
indifférence et même ce dédain dont son oeuvre a été jusqu'ici la victime ? La
réponse est simplissime : l'ignorance engendre l'a priori ; on méprise sans connaître.
Un vrai créateur ne reste pas éternellement au
Purgatoire : un mouvement d'intérêt se porte lentement vers Florent Schmitt.
Deux signes révélateurs : la curiosité dont son oeuvre commence à être l'objet
en Allemagne (j'ai trouvé à Francfort d'excellents enregistrements d'orchestre
et de musique de chambre) et l'écho favorable ayant suivi la série d'émissions
impartiales et documentées qu'à Radio France Gérard Condé vient de lui
consacrer.
Alain Margoni
Des espoirs heureusement fondésGrâce à la
Global Foundation for Research and Scholarship, qui a repris certains des
objectifs de la Fondation Sasakawa, ce sont en dix ans près de 320
instrumentistes, compositeurs, étudiants des métiers du son, danseurs et
notateurs chorégraphiques du Conservatoire qui ont pu bénéficier de bourses
pour financer leurs différents projets. De passage au Conservatoire, Kimindo
Kusaka, président de la Fondation, et Shoichi Katayama, directeur administratif
de la division des bourses d'études, en précisent les ambitions
Quels étaient
les objectifs initiaux de la Fondation ?
Elle a été créée en juillet 1997, en partie pour
continuer le projet de la Fondation Sasakawa pour la paix : bourses d'études,
bourses universitaires, programmes d'études supérieures, etc. A ce projet
initial est venu s'ajouter de nouvelles activités liées à la recherche : un
forum d'échanges et d'informations et un programme d'invitations de sommités
scientifiques étrangères pour des résidences de recherche personnelle au Japon
(de 3 mois à deux ans). Premier programme de la Division des bourses d'études,
le SYLFF concerne les jeunes dirigeants de demain, qui travaillent dans tous
les domaines à l'amélioration de la société. En dix ans, 59 universités de 38
pays ont ainsi reçu une dotation de 1 Million de Dollars, dont les intérêts
alimentent des bourses d'études. Leur choix est laissé à la complète discrétion
des comités de chaque université, à une double condition : être attribuées à
des étudiants de troisième cycle en sciences humaines et sociales, prises dans
un sens large, incluant donc les arts. D'où le choix de trois écoles
supérieures de musique : la Juilliard School de New York, l'Université de
musique de Vienne et le Conservatoire de Paris. Ce n'est qu'un des programmes
de la Division des bourses.
Justement,
comment se fait le choix des universités dotées ? Quels sont vos critères ?
Ils ne sont pas définis de manière stricte. C'est la
réputation de ces trois conservatoires qui nous a déterminés. Globalement, nous
comptons doter cent, voire cent-cinquante universités dans un avenir proche, et
parfois, si c'est justifié, à concurrence de 2 Millions de Dollars.
Les lauréats des « Avant-Scènes »Les trois lauréats 1998 des « Avant-Scènes » (Cf Journal n° 31) tirent les enseignements de leur victoire après leur concert de prix du 8 novembre à la cité de la musique
Marie Normant, harpeEn quoi les
« Avant-Scènes » vous ont été utiles ?
Les « Avant-Scènes » m'ont permis de rôder
mon programme pour le prochain concours Laskine l'été prochain, qui constitue
l'objectif de mon cycle de perfectionnement. C'est une compétition d'envergure
internationale, à l'égal de Bloomington : seul le concours de Jérusalem leur
est supérieur.
Qu'implique la
préparation d'un concours international ?
C'est surtout un investissement en temps : j'ai
travaillé mon programme complet de concours l'an dernier avec Isabelle Moretti,
que je compte rôder toute cette année, afin d'aborder la compétition en étant
prête à 120%. Et j'ai fait en août l'acquisition d'une nouvelle harpe, grâce à
une bourse de Mécénat Musical Société Générale.
Perçoit-on
chez les candidats la marque d'écoles bien différenciées ?
Certainement. Notamment des deux principales, la
russe et la française.
Vous êtes-vous
présentée à des auditions d'orchestre ?
Une fois à Toulouse. Cela
n'a rien de comparable, tant sur le plan de la personnalité que du jeu.
Quelles sont
les perspectives de carrière d'une harpiste ?
Elles sont minces. Dans les orchestres, après avoir
supprimé les seconds postes, on en arrive à proposer des demi-postes de harpe
solo ! Restent la musique de chambre et
l'enseignement.
Chiao-Hui Yang, clarinette
Pourquoi
passe-t-on des concours ?
Le plus important n'est pas de réussir un concours,
c'est de le préparer. Il faut se motiver pour programmer son travail personnel
en conséquence ; c'est ainsi que l'on peut progresser. La décision, toujours
aléatoire, d'un jury compte moins pour moi que le sentiment d'avoir atteint mes
objectifs de préparation. Un concours, c'est également l'occasion d'entendre
d'autres conceptions de l'interprétation et de s'ouvrir à de nouvelles idées.
Mais j'avoue que je suis encore plus heureuse d'avoir été admise dans le Cycle
de perfectionnement : c'est la garantie de deux années supplémentaires de
progrès et de découvertes.
Où réside la
difficulté d'un concours ?
Si la pression est trop forte, on n'arrive pas
toujours à entrer dans la musique, alors qu'il s'agit, dès le premier tour, de
montrer immédiatement sa personnalité. La présence d'un public chaleureux,
comme celui de la cité de la musique, m'a énormément aidée : j'ai eu
l'impression de donner un concert et non de passer un concours.
Que vous a
rapporté votre deuxième prix (premier nommé) du concours de Toulon ?
Surtout de précieux conseils des membres du jury
international, qui vous aident à développer votre personnalité au lieu de vous
inciter à copier les autres.
Quels sont les
critères qui guident le choix de vos programmes ?
Quand je peux, je privilégie les oeuvres avec
lesquelles je me sens en affinités : j'ai l'impression de mieux les défendre.
Avec l'âge, j'essaye de transcender la technique pour m'attacher au message
musical. Les opinions du jury des « Avant-Scènes » n'ont fait que
renforcer cette détermination.
Olivier Besnard, pianoQue vous ont
apporté les « Avant-Scènes » ?
D'abord l'opportunité de jouer à la cité de la
musique, comme candidat, puis comme lauréat d'y revenir avec orchestre. Le
fait, ensuite, de pouvoir recueillir les conseils d'un jury sortant des normes
habituelles des concours de piano, et donc plus attaché à une écoute globale et
musicale des concurrents. Cela dit, j'ai encore besoin de recevoir des conseils
purement pianistiques pour préparer les prochaines échéances. Les concours
permettent de travailler des programmes précis et de se situer par rapport aux
autres pianistes. Ma première tentative, quasiment en touriste, au concours
Clara-Haskil (dont j'ai passé le premier tour), m'a permis, par le jeu des
comparaisons, de prendre confiance en moi et de faire le point sur les
exigences d'une telle compétition : il faut bien une année de préparation pour
arriver à dominer les textes. On ne peut s'exprimer pleinement que si on aborde
un concours comme un concert.
Luthier et musicien : un maître coupleCette première confrontation entre un étudiant et un luthier inaugure une série d'articles sur le rôle joué par l'instrument et son auteur dans le début de carrière du musicien
Amanda Favier, violonisteComment se
fait la rencontre avec son luthier ?
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été
chez un luthier. Mais ce n'est que lorsque j'ai enfin eu un instrument entier,
et de plus un violon de qualité nécessitant des soins, que s'est installée une
véritable relation avec André Lévi -- le luthier de mon professeur Gérard Poulet
--, comparable à celle que l'on peut avoir avec son médecin. Surtout maintenant
que je possède un Goffriler de 1723, que m'a signalé mon professeur à Cologne,
Igor Ozim. C'est un instrument fabuleux, qui sonne comme un Stradivarius. Je
vais consulter André Lévi à la moindre alerte : pour prévenir d'éventuels
décollements, ou pour raboter la touche quand elle est striée, pour changer les
cordes également. De plus, il a relevé la touche pour compenser l'angle du
manche. Je ne manque pas de le visiter avant tout concert ou concours
important.
Qu'apporte à
un musicien l'oreille de son luthier ?
Une écoute très objective et critique de mon jeu.
Selon les concerts et les salles, il me donne son point de vue acoustique. Et
me conseille, avec mon archetier, sur le choix de l'archet en fonction de la
salle et de l'oeuvre. Il m'apprend à connaître mon instrument.
Quelle
influence exerce l'archet sur votre jeu ?
Elle est primordiale. C'est le premier investissement à faire, car seul un excellent archet rendra justice aux qualités de votre violon. Je dispose d'un Lupot, très nerveux et produisant un son volumineux, et un Meert, plus doux et chaleureux. Selon l'archet, le son du violon change complètement.
André Lévi, luthierComment
peut-on qualifier les relations du violoniste avec son luthier ?
Ce sont des relations de confiance, liées à la
nature de l'instrument, simple et fragile d'apparence, mais instrument de
soliste riche en potentiel musical. De plus il est souvent ancien et demande à
être maintenu au mieux de sa forme. Celle-ci dépend d'un certain nombre de
paramètres que le luthier doit régler : la position de l'âme, l'état de la
barre d'harmonie, le chevalet, le renversement, etc. Parallèlement à ces
réglages, le second rôle du luthier consiste à garantir l'authenticité des
instruments. Celle-ci est le gage des performances que l'on peut attendre de
chaque violon, en fonction de la qualité statistique des instruments de son
auteur : la connaissance de ces standards oriente les réglages du luthier, avec
l'espoir d'atteindre cette qualité.
Au-delà de ces
rôles objectifs, intervenez-vous de manière plus subjective pour calmer les
angoisses des musiciens ?
Par chance, je n'ai pas de clients névrotiques ! Dans
99% des cas, le violoniste a raison lorsqu'il me signale un dysfonctionnement.
Ce sont, il est vrai, parfois des imperfections mineures, devenues intolérables
en fonction de la fatigue ou de l'anxiété.
Est-ce que la
relation entre violoniste baroque et luthier est de nature différente ?
Pas foncièrement. Il s'agit simplement de luthiers
spécialisés dans le montage baroque.
Qu'en est-il
des violons modernes ?
Pendant les vingt premières années, un violon reste
très instable du fait de la fraîcheur de ses éléments (bois, colles et vernis).
Et c'est son auteur qui est le mieux placé pour le suivre dans son évolution.
Un jeune
musicien trouve-t-il facilement son instrument ?
C'est une question de moyens. Il faut connaître
quelqu'un de confiance, capable de jauger l'authenticité et le potentiel d'un
violon. Il existe des instruments à tous les prix, entre 1 000 F et 20
Millions, suivant la qualité potentielle de la facture et leur beauté. Il est
bon de préciser qu'une infime minorité de luthiers sont des experts compétents.
Est-ce que les
jeunes musiciens ont pleinement conscience de l'importance de l'archet ?
Tout à fait. Mais ils se préoccupent parfois
davantage du violon. Un débutant a tendance à choisir son archet pour sa
facilité de maniement plus que pour la qualité du son produit. Encore plus que
le violon, un archet fabuleux se mérite.
Prix Bunkamura
Le prix Bunkamura Orchard
Hall, destiné à récompenser trois jeunes musiciens de grand talent issus du
Conservatoire de Paris, de la Juilliard School of Music, et de l'Universität
für Musik und Darstellende Kunst à Vienne a été attribué le 16 décembre 1998 à
Tokyo au flûtiste Olivier Tardy (Conservatoire de Paris), au violoncelliste
Darrett Adkins (Juilliard School) et au baryton Markus Werba (Universität für
Musik und Darstellende Kunst Wien).
D'un montant de $10.000, ce
prix a permis à chaque lauréat de se produire à Tokyo avec l'Orchestre
Philharmonique de Tokyo sous la direction de Michiyoshi Inoue dans la
prestigieuse Orchard Hall, et en récital à la Philia Hall de Yokohama. Deux
concerts supplémentaires étaient également organisés à Tochio City, au
nord-ouest de Tokyo.
Ce prix, décerné autrefois
d'office aux premiers prix des concours Reine-Elisabeth, Leeds, Genève et
Munich, sera désormais attribué chaque année à un musicien issu des
institutions précitées. Parmi les anciens lauréats français récompensés
figurent Matthieu Rogué, Emmanuel Pahud, François Leleux, Frank Braley et
Thierry Felix. Le choix du Conservatoire de Paris souligne la grande réputation
dont jouit l'école française sur le plan international.
Olivier Tardy est actuellement flûte solo à la
Bayerischestaatsoper à Munich (directeur Zubin Mehta) et se produit
régulièrement avec la Philharmonie de Berlin.
Prix internationauxComme
d'habitude, l'automne apporte son lot de récompenses aux étudiants et aux
jeunes anciens du Conservatoire.
Cédric Tiberghien (élève de Gérard Frémy et Frédéric
Aguessy) a obtenu le 1er Grand Prix et cinq Prix spéciaux au
concours de piano Long-Thibaud.
Ying Feng (classe de Georges Pludermacher) a obtenu
le 4e Prix du concours Long-Thibaud.
Amanda Favier (élève de Gérard Poulet) a remporté le 2e Prix du concours de violon de Cambridge (Haverhill Sinfonia Soloist Competition), le 1er Prix du concours de Dresde (Pisendel) et un Prix spécial au concours de Fribourg en Brisgau (Spohr).
Franck Avitabile a remporté le 2e Grand
Prix du concours de piano de la Ville de Paris (Martial Solal).
Svetlin Roussev a remporté le 4e Prix du
concours de violon d'Indianapolis.
Alexandre Doisy a remporté le 1er Grand Prix du
concours de saxophone de Dinant (Adolphe Sax).
Guillaume Perne (élève de Claude Delangle) a
remporté le 4e Prix du concours de saxophone de Dinant (Adolphe
Sax).
Aurélien Pontier (élève de Jean-François Heisser) a
remporté le 1er Prix du concours de piano de Kharkov (Krainev).
Marc Trenel (en cycle de perfectionnement avec
Pascal Gallois) a obtenu au fagott le 2e Prix du concours de
Bayreuth.
Kazunori Seo (en cycle de perfectionnement avec
Maurice Bourgue) a remporté le 2e Prix ex-aequo du concours de flûte
de Paris (Rampal).
Euphonium (et hautbois) euphoriquesBertrand Monet, élève de la classe de saxhorn
basse/euphonium de Fernand Lelong et Hervé Brisse, a été admis à la Musique
Principale de l'Armée de l'Air.
Nora Cismondi vient de réussir le concours de hautbois co-soliste à l'orchestre de l'Opéra National de Paris.
Académie du XXe siècle
La troisième édition de l'Académie du XXe
siècle, coproduction cité de la musique/Ensemble Intercontemporain/Conservatoire
de Paris, aura lieu du 5 au 17 juillet 1999 à la cité de la musique et au
Conservatoire. Au programme, sept pièces pour ensembles et trente-trois de
musique de chambre, sous la direction artistique de Pierre Boulez et David
Robertson, avec la participation des solistes de l'Ensemble Intercontemporain.
59 instrumentistes (dont 33 cordes) de toute l'Europe seront sélectionnés sur cassettes, que les étudiants du
Conservatoire pourront enregistrer sur place (entre le 15 et le 26 février
1999). Les cours, l'hébergement (pour les non-Parisiens) et les repas sont
gratuits.
La brochure détaillée trilingue comprenant
formulaire d'inscription, programme, liste des oeuvres à enregistrer, etc. est
disponible auprès de David Lefort (bureau 322, tél. 0 140 40 46 17) ou sur
demande à l'accueil du Conservatoire.
Attention !
Les candidatures avec cassette doivent être déposées bureau 322, avant le 15
mars 1999.