ENTRETIEN AVEC ANTOINE TISNE

 

par Myriam SOUMAGNAC

 


Myriam Soumagnac : Antoine Tisné, certains titres de vos compositions attestent un intérêt premier pour le monde astral. Etes-vous né en regardant le ciel ?

Antoine Tisné : On pourrait le penser ; dès l'enfance, j'ai découvert la dimension cosmique à travers mes pérégrinations dans les montagnes des Pyrénées dont je suis originaire. Avant même d'avoir la moindre conscience scientifique, ma sensibilité a été sollicitée par l'infini du ciel ; plus tard, les mystères du cosmos m'ont incité à me pencher sur des ouvrages d'astronomie pour tenter d'y découvrir des matériaux propres à élaborer une oeuvre musicale qui réponde à ces aspirations. C'est la raison pour laquelle beaucoup de partitions par leur titre et leur contenu, se réfèrent à cette approche essentielle: Cosmogonies, Sphères, Astres aux reliefs d'or, etcŠ

Myriam Soumagnac : Certaines de ces pages attestent une recherche particulière dans ce domain : Ozma par exemple.

Antoine Tisné : Vous savez qu'on a essayé de capter des ondes venues d'autres planètes et dans Ozma, j'ai imaginé un dialogue émanant de sources radiostellaires.

Myriam Soumagnac : Je constate que les oeuvres qui procèdent de cette optique interviennent à des époques différentes de votre vie.

Antoine Tisné : Oui, mai il y a une continuité.

Myriam Soumagnac : Je dirais même une constante.

Antoine Tisné : Je crois que j'ai entrepris, pour mon propre compte un voyage interplanétaire dans un but spirituel, quasi-métaphysique. La musique ayant le privilège de se déployer à la fois dans le temps et dans l'espace, mon métier de compositeur me fut le moyen le plus sûr de traduire cette vision multidimensionnelle. Si j'ai regardé le ciel en l'interrogeant un peu à la manière des Chaldéens, c'est évidemment dans ma musique qu'il faut chercher, sinon une réponse, du moins un sens à ces interrogations.

Myriam Soumagnac : Ce n'est pas par hasard que vous faites allusion aux Chaldéens et à ces civilisations mésopotamiennes qui ont joué un tel rôle dans la cons-truction de notre monde méditerranéen.

Antoine Tisné : En effet, le rituel qui s'attache aux traditions ancestrales de ces pays, qu'il s'agisse de la Mésopotamie, de l'Égypte ou de la Grèce, rejoint en mon esprit la notion de contemplation du ciel mais je pourrais dire que tout ce qui touche au rituel en général me conduit à cette réflexion.

J'ai ressenti des impressions semblables, lorsque je suis allé au Mexique au contact de la religion Maya; il en fut de même lorsque j'ai visité le Danemark.

Myriam Soumagnac : Ne pensez-vous pas que tout ce qui a trait au rituel s'apparente à un moyen de transmission entre l'expérience personnelle de l'homme et les questions qu'il ne cesse de poser aux Dieux ou à Dieu !

Antoine Tisné : Les Hébreux concrétisaient cette quête en s'adressant à Dieu par les prières autant que par la contemplation. Vous les voyez très souvent lever les bras vers le ciel.

Myriam Soumagnac : Ce geste, à mon sens, répond à un besoin d'élévation spirituelle lié à une manifestation matérielle. Que ce soit dans l'Ancien ou dans le Nouveau Testament, vous avez pu remarquer que, si les tentations diaboliques se situent souvent dans le désert, les illuminations divines interviennent au sommet des montagnes : le mont Sinaï, le mont des Béatitudes, etcŠ En fait, le plus près possible du ciel.

Antoine Tisné : La musique représente, elle aussi, un lieu de rencontre entre le spirituel et le temporel et cette attirance vers le cosmos qui caractérisait ma jeunesse a donné lieu, par la suite, à un grand travail d'analyse des matériaux nécessaires à son expression par l'approfondissement de la technique d'écriture.

Myriam Soumagnac : Venons-en précisément à ce qui concerne le choix des moyens : certains compositeurs qui partagent avec nous ces dispositions se sont tournés vers la musique électro-acoustique, d'autres vers l'aléatoire. Qu'en est-il pour vous ?

Antoine Tisné : Je n'ai pas de règle absolue. Pour l'oeuvre qui s'intitule Cosmogonies qu'on peut considérer comme emblématique, j'ai utilisé le système sériel avec ses quatre possibilités traditionnelles et leurs transpositions mais seulement en ce qui regarde la hauteur des sons ; cela n'intervient pas au niveau des dynamiques et des intensités. J'ai également envisagé la technique aléatoire mais plus tard à partir de Arborescences: là, effectivement, il y a des séquences libres ; cela étant, tout est écrit.

Myriam Soumagnac : Plus exactement?

Antoine Tisné : Plus exactement, cela signifie que l'interprète dispose ses matériaux de la manière qui lui convient mais dans une durée limitée.

Myriam Soumagnac : En usez-vous comme Lutoslawski dont on connait la théorie dite aléatoire contrôlée qui tend à proposer une plus grande liberté à l'interprète, à l'intérieur d'un territoire circonscrit, ou imaginez-vous -in fine- un échange entre le compositeur et l'interprète ?

Antoine Tisné : La liberté oui, l'échange non. En l'occurrence, il s'agit de résoudre un problème technique, un problème de rythme. Il y a dans cette partition une telle complexité d'écriture que si l'on se référait à des concepts trop rationnels d'interprétation, on aurait beaucoup de mal à obtenir un résultat satisfaisant. Cette relative liberté, évoluant dans un temps donné, permet une plus grande aisance dans le déroulement même de l'exécution.

Myriam Soumagnac : Cette oeuvre, Arborescences, procède également d'un retour aux sources, tourné cette fois vers le corps de l'homme.

Antoine Tisné : C'est exact. Autant Cosmogonie implique la présence du ciel, autant Arborescences prend ses racines sur terre et dans la terre. Au travers de l'image de l'Arbre, j'ai voulu retracer tout le cheminement de ce qui se passe à l'intérieur de l'homme, de ce qui ne se voit pas mais qui agit de manière sous-jacente et continue ; et cela jusqu'au moment de l'explosion qui correspond à l'épanouissement des énergies. Si vous voulez, c'est le cheminement occulte de l'homme.

Myriam Soumagnac : Ainsi, vous ressentez la nécessité d'évoquer des forces telluriques. Qu'il s'agisse du rapport ciel-terre ou du rapport terre-homme.

Antoine Tisné : Pour moi, c'est un dialogue constant entre l'immensité qui nous entoure et la terre que nous occupons.

Myriam Soumagnac : Vous avez prononcé le mot occulte. La relation de l'homme à ce qui est occulte se confond sans doute avec les premiers symptômes de civilisation. Votre intérêt constant pour l'Égypte n'est certainement pas étranger à cette approche des phénomènes. Au delà de ce que vous en connaissiez, l'Égypte fut-elle une révélation lors de votre premier contact réel ?

Antoine Tisné : Ah ! certes oui. Je connaissais l'Égypte par le biais des ouvrages publiés, par tout ce que j'avais pu étudier sur l'histoire des dynasties ou des livres des morts par exemple, j'étais donc tout préparé à cette visite qui, pourtant, m'a causé un véritable choc et c'est au retour de ce voyage que j'ai écrit les Osiriaques qui sont en réalité une projection de mon imaginaire en rapport avec tout ce que j'ai ressenti là-bas.

Myriam Soumagnac : Osiris est le dieu de la mort, chacun le sait, mais il est aussi celui de la résurrection puisqu'il préside au parcours dans l'au-delà qui représente pour l'égyptien ancien une nouvelle vie. Cela est en rapport avec votre conception de l'Éternité, voire d'une survie ?

Antoine Tisné : Je le crois mais c'est au travers de la pensée hébraïque que j'ai senti cette relation le plus intensément.

Myriam Soumagnac : Il y a de nombreux liens entre l'Égypte et le peuple hébreu ; l'étrange monothéisme d'Aménophis IV - AKHNATON - me semble bien près, géographiquement et historiquement, de l'émergence de Yahvé et de la volonté hébraïque d'imposer son nom comme seule référence divine. A ce propos, le dieu unique du plus mystique des pharaons est le disque solaire et, de tous temps, les égyptiens ont adoré le soleil parmi d'autres dieux. Je pense que cet aspect là non plus ne vous a pas laissé indifférent.

Antoine Tisné : Il se trouve que j'ai toujours été émerveillé par le soleil et j'ai composé plusieurs oeuvres qui s'en réclament : Soleils noirs, Solar vortices (soleil en ébullition). Par ailleurs, cette dernière oeuvre est un exemple de mes partis pris dans le domaine de l'aléatoire ; non seulement elle prend cette technique pour base mais encore il s'agit d'une forme ouverte, elle n'a pas de fin.

Myriam Soumagnac : Le soleil a-t-il une fin, pour notre sensibilité ?

Antoine Tisné : Cette pièce peut durer indéfiniment du fait que les quatorze parties qui la composent, bien que conçues à partir de matériaux spécifiques, peuvent interférer entre elles et cela même par fragments; donc il est loisible d'envisager une proposition multipliée par deux cents, trois cents, etcŠ

Myriam Soumagnac : Cela donne le vertige. Mais d'autre part cette Š proclamation solaire me fait mieux comprendre votre attraction pour l'Égypte en ce que vous vous dirigez tout naturellement vers les deux points de fixation de sa mythologie : la mort, le soleil. Êtes-vous hanté par l'idée de la mort ?

Antoine Tisné : Ah ! j'y pense toujours mais non pas d'une manière névrotique - la mort m'apparaît comme un passage vers un autre univers, en l'occurrence sans la moindre connotation religieuse.

Myriam Soumagnac : Comment donc, en ce cas, concevez-vous ce passage ?

Antoine Tisné : D'une manière qui serait propre à être analysée d'un point de vue scientifique. Il me semble que toute cette force psychique qui est en nous ne peut que rejaillir ailleurs, comme une fusion d'énergies qui se retrouverait dans un autre secteur du mondeŠ que je ne connais pas. Pour certains esprits, cela est un paradis heureux avec des saints et des anges. Pourquoi pas ? Après tout, Dieu est un grand matérialiste mais on peut l'imaginer également sous forme d'illumination.

Myriam Soumagnac : La mort comme une illumination ?

Antoine Tisné : Je dois dire que la lumière a toujours représenté pour moi un élément très important de la musique ; je m'aperçois que lorsque j'évoque par exemple ses rapports avec l'ombre, j'ai tendance à en parler comme un peintre.

Myriam Soumagnac : On reconnaît ici votre attirance avouée pour les terres de lumière.

Antoine Tisné : Toutes les contrées situées à l'orient exercent sur moi une réelle et constante fascination à telle enseigne que j'ai le projet d'écrire une oeuvre intitulée La lumière venant de l'orient.

Myriam Soumagnac : Dans cet ordre d'idée, que signifie pour vous l'apport de ce pays auquel s'attache si fortement la notion de lumière, la Grèce ?

Antoine Tisné : Tout d'abord, son drame, sa tragédie religieuse que j'aperçois surtout au travers de l'oeuvre de Sophocle, dont je ressens à la fois la force et la quête métaphysique.

Myriam Soumagnac : Il faut dire que le fatum grec est lié à notre pensée européenne, de même que l'idée de sacrifice qui intervient tout autant dans les religions judéo-chrétiennes - sacrifice et sang. Ici et là, vous avez certainement remarqué que l'être vivant sacrifié est très souvent sublimé, voire divinisé. Il n'est que d'évoquer le mythe du taureau en Crète.

Antoine Tisné : Je ne vous cacherai pas que cela m'a frappé également. J'ai d'ailleurs composé une oeuvre qui s'intitule Stances minoennes.

Myriam Soumagnac : Ce n'est sans doute pas un hasard si ce rituel du taureau qui, comme on le sait, se retrouve en Espagne après un long parcours égéen et méditerranéen, a inspiré l'un de vos peintre préférés, Goya, sans préjudice de tout ce qu'a pu, par la suite, en fixer Picasso. Si je ne me trompe, plusieurs de vos oeuvres se réfèrent à Goya : Musique en trio, Étude d'après Goya, DisparatesŠ

Antoine Tisné : Il y a beaucoup d'éléments dans la peinture de Goya qui appellent en moi des correspondances profondes : au premier chef, l'aspect visionnaire et cette incantation sous-jacente et quasi permanente qui accompagnent ou motivent son propos. Je dois dire que, pour ce qui me concerne, l'incantation est liée à la nécessité de création comme il en était d'ailleurs pour André Jolivet, par d'autres cheminements.

Myriam Soumagnac : Il y a dans la peinture de Goya une perpétuelle opération d'exorcisme.

Antoine Tisné : Je pense que, dans son essence, la musique n'est pas autre chose : on exorcise ses démons en même temps qu'on construit l'oeuvre avec la même urgence que celle de nos ancêtres projetant leurs incantations sur les murs des grottes au moyen de la peinture. A mon retour d'Espagne, j'ai composé une oeuvre sous le choc de la vision des grottes d'Altamira.

Myriam Soumagnac : Il me semble que, par la musique, vous transmettiez vos réponses à tout ce qui vous a touché de l'extérieur, qu'il s'agisse de la nature ou de l'art. Vous êtes un compositeur qui réagit au milieu qui l'entoure, qui refuse de s'enfermer dans un système pré-établi.

Antoine Tisné : J'attache beaucoup d'importance à la substance interne de l'oeuvre qui, pour moi, doit passer par la sensibilité de l'individu. Je constate avec regret que beaucoup de partitions contemporaines négligent cet aspect au profit d'une rationalisation excessive. Bien sûr, l'intelligence a le devoir de tout contrôler mais la pensée du compositeur ne peut être, de mon point de vue, que l'épanouissement de son intuition. Certains grands compositeurs du XXème siècle l'ont compris : Jolivet, Milhaud, Messiaen, DutilleuxŠ

Myriam Soumagnac : Dans le domaine des affinités électives d'autres peintres que Goya ont-ils sollicité votre attention?

Antoine Tisné : Oui, bien entendu, en particulier ceux dont l'oeuvre participe d'un climat onirique : Delvaux, Chirico, Tanguy, Magritte souvent ou Dali.

Myriam Soumagnac : Avez-vous cherché et trouvé une adéquation à leurs univers en certaines de vos compositions ?

Antoine Tisné : Certainement, mais plutôt par une atmosphère générale que par une recherche de correspondance de couleurs à proprement parler et là, je pense que certains moyens techniques seraient tout désignés pour établir un rapport avec la vision de ces peintres. Ainsi, la musique électro-acoustique me parait apte à réaliser cette aspiration si elle est traitée non par un ingénieur mais par un véritable musicienŠ tous les créateurs ne sont pas des artistes.

Myriam Soumagnac : Que voulez-vous dire par là ?

Antoine Tisné : Eh bien ! certains sont avant tout des mathématiciens qui ont conçu un code d'écriture spécifique ; d'autres possèdent une connaissance des techniques musicales au-delà de ce que l'on peut espérer, mais ils n'en sont pas pour autant capables de créer une oeuvre véritablement personnelle.

Myriam Soumagnac : En ce qui vous regarde, considérez-vous, puisqu'il semble que vous préconisiez l'adoption d'une vue totalisante de l'homme et de l'univers, considérez-vous que vous êtes en possession de tous les moyens techniques nécessaires à la mise en forme de vos ambitions ?

Antoine Tisné : Dans le domaine de l'instrumental, je le crois mais je n'ai pas la pratique de la musique électroacoustique, j'en ai seulement tenté l'approche par un traitement particulier du matériau sonore traditionnel tel que celui que j'ai choisi dans Arborescences mais je ne suis pas sûr que si je me servais réellement de la musique électroacoustique, je pourrais exprimer ce lyrisme que m'est indispensable.

Myriam Soumagnac : Un besoin quasi charnel ?

Antoine Tisné : Je n'aime pas ce qui est désincarné.

Myriam Soumagnac : Même lorsqu'il s'agit de vos désirs de spiritualité ?

Antoine Tisné : Absolument ! Et c'est une des raisons pour lesquelles je revendique la primauté de la main en ce qu'elle est le prolongement du cerveau. L'ordinateur peut rendre des services, je n'en disconviens pas, mais pour moi rien ne remplace le rôle de la main qui conduit, comme elle conduit le pinceau du peintre.

Myriam Soumagnac : Votre catalogue révèle une prédilection certaine pour quelques instruments qui relèvent de cette prise de position, le piano par exemple.

Antoine Tisné : Eh ! oui, je suis pianiste - outre ce contact direct avec la main, pour moi le piano rassemble beaucoup de potentialités, rythmiques, mélodiques, percussives.

Myriam Soumagnac : Et comment expliquez-vous ce goût pour l'orgue qui vous distingue de tant de compositeurs de notre époque ?

Antoine Tisné : Pour tout ce qui a trait à mon enfance ; je n'avais d'autre possibilité d'entendre de la musique qu'à partir de l'orgue de mon église et des chants latins qui constituaient le répertoire de la chorale à laquelle j'appartenais

Myriam Soumagnac : La langue latine est, de nos jours fortement marquée au sceau d'un rituel bien défini. Cela a-t-il frappé l'enfant que vous étiez ?

Antoine Tisné : Oh ! certainement ; tous les ingrédients contenus dans cette atmosphère ont fortifié mon imagination. Ainsi, j'étais fasciné par l'histoire Sainte et, lorsque j'ai découvert la Bible, ce fût comme si l'univers s'ouvrait à moi.

Myriam Soumagnac : La Bible est un maître exceptionnel.

Antoine Tisné : Rilke, que j'aime tellement ne s'en séparait pas, non plus que Liszt, Chagall et tant d'autres.

Myriam Soumagnac : Pour en revenir à votre rapport à l'instrument, le violoncelle n'occupe-t-il pas une place privilégiée dans votre coeur ?

Antoine Tisné : Il me semble que dans l'ordre de la sensibilité, il est celui qui reste le plus proche de l'être humain.

Myriam Soumagnac : Sensibilité et sensualité.

Antoine Tisné : Exactement ! Encore une fois, je considère que la musique ne doit pas être une abstraction mais le reflet de toutes nos pulsions. Si elle s'écarte de cela dans le but de la seule spéculation intellectuelle, elle ne remplit pas son rôle et, croyez-moi, le public ressent la différence selon que l'ensemble d'informations qu'on lui propose est ou non porteur d'une charge émotionnelle.

Myriam Soumagnac : Dont l'expression s'opère quelquefois à l'insu du compositeur.

Antoine Tisné : Mais oui et c'est merveilleux ; l'expérience me l'a appris. Il m'est arrivé de m'asseoir devant la feuille blanche avec l'impression que rien ne va s'y inscrire et puis, tout à coup la lumière se fait et les matériaux s'organisent.

Myriam Soumagnac : Toujours cette précellence de la main qui interfère dans les ordres du cerveau

Antoine Tisné : Je m'en réclame absolument.

Myriam Soumagnac : De tout ce que vous avez dit se dégage, me semble-t-il une ligne où se croisent quantités de routes mais qui demeure visible et continue en dépit du foisonnement des oeuvres. Parmi celles-ci en est une qui illustre cette continuité tout en concrétisant un grand nombre d'affects : Célébration ; c'est dans tous les cas, ce qui m'est apparu.

Antoine Tisné : Je pense qu'il y a là en effet l'aboutissement d'un parcours. Je l'ai conçue à la suite d'un voyage qui m'a mené d'abord au Mont Athos, ensuite en Afghanistan - dans la région des lacs Band-i-Amir. A ce moment-là, j'ai ressenti la nécessité d'une célébration qui serait un hommage à la création. Pour ce faire, j'ai imaginé trois choeurs et trois orchestres. Les choeurs suivent un principe aléatoire, relevant parfois d'une écriture à trente six voix réelles, tandis que l'orchestre, très structuré, se déploie de manière à créer une impression de foule. Dans mon esprit cela s'apparente à une fresque biblique et l'on m'a d'ailleurs souvent dit que cela évoquait la migration des Hébreux, l'exode.

Myriam Soumagnac : Il est vrai que l'on ne peut s'empêcher de penser à une vaste épopée.

Antoine Tisné : Š Oui, mais qui s'achève en une grande sérénité et c'est en cela qu'il s'agit pour moi d'un aboutissement spirituel.

Entretien recueilli et réalisé par Myriam SOUMAGNAC.

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