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De
nombreux compositeurs contemporains ont abordé la musique vocale par intérêt
pour la voix, en tant que mode d'expression et phénomène culturel unique.
La
richesse de la voix chantée provient pour partie des multiples façons
de l'appréhender, de l'angle sous lequel on la considère. Ainsi, dans
la théorie musicale traditionnelle, à commencer par celle des Grecs anciens
et plus tard celle du Moyen-Age chrétien, la voix chantée forme l'alliance
du verbe et de la mélodie, et ce rapport fécond va ouvrir la porte à de
très nombreuses créations et chefs d'oeuvre. Aujourd'hui encore le
déplacement de ce rapport continue à inspirer les compositeurs lorsqu'ils
écrivent un opéra ou une pièce vocale.
Mais
la voix n'est pas que le support du mot, elle est aussi l'instrument que
chacun porte en soi; support privilégié de la communication entre les
hommes, elle est un phénomène social, participe aux expressions de tous
ordres depuis toujours et partout, dans toutes les civilisations et à
tous les âges.
Cette
universalité de la voix ne peut manquer d'attirer les compositeurs, et
dans cette perspective l'ordinateur constitue un outil idéal permettant
au compositeur d'assimiler, déformer et recomposer des phénomènes vocaux
de toutes origines, voire en engendrer de nouveaux, d'inouïs.
Ainsi,
certains compositeurs vont essayer de prolonger
le geste vocal à l'aide de l'ordinateur. Cette attitude peut se traduire
de multiples façons : pour Gérard Grisey, dans Les
Chants de l'Amour, il s'agit par exemple de créer une multitude
de voix, comme une cascade de voix humaines; pour Fausto Romitelli dans
enTrance, il s'agit d'amplifier le
mécanisme du souffle et de l'inspiration/expiration pour en faire l'une
des composantes de sa musique; en revanche, Claudy Malherbe a conçu sa
pièce Locus comme un passage progressif
de la voix parlée très modulée (en langue anglaise) à la voix chantée.
Dans ces trois cas, l'ordinateur crée des transitions entre des états
"fondamentaux" de la voix humaine.
Mais
le propre de l'ordinateur est de permettre la manipulation
de modèles des phénomènes, et l'analyse-synthèse en informatique musicale
s'appuye pleinement sur ces possibilités. Ainsi, la voix peut être analysée,
puis modélisée selon les résultats de l'analyse obtenus. Pour réducteur
qu'il soit par rapport au phénomène étudié, le modèle ouvre toutefois
la porte à sa propre altération, en tant que loi proposée, il incite également
à son contournement. Ainsi l'analyse et la connaissance fine du son ouvrent
la porte à sa déformation, et les compositeurs ne s'en privent pas. On
pourrait même avancer que cette attitude est constitutive du geste compositionnel
en général : dérober ce que l'on a modélisé quelque part, puis le recomposer
par exemple en le déformant. Kaija Saariaho dans Lonh,
et Trevor Wishart dans Vox-5 nous donnent
deux exemples de tels gestes.
Poussant
un peu loin ces modèles, on arrive à utiliser l'ordinateur non plus pour
amplifier ou modifier un phénomène, mais lui donnant par exemple des valeurs
de paramètres inhabituelles, utiliser des programmes informatiques pour
engendrer non pas ex nihilo (car il y a toujours
des modèles) mais aboutir à des objets originaux. C'est là le sens de
la démarche adoptée dans le film Farinelli,
visant à proposer une voix de castrat "possible". D'autres créateurs,
comme John Chowning dans Phoné, ou Jean-Baptiste
Barrière (Le Messager) vont s'attacher
à engendrer des mondes sonores nouveaux.

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